UTOPIE… Mai 2012 : on change tout !

| On change tout ! | ChJ | Le Sarkophage | hors-série n° 4 | avril-juin 2012 |

Le modèle économique libéral basé sur la croissance d’une consommation de masse ayant pour moteur la non durabilité et l’obsolescence d’objets superflus et inutiles, fabriqués dans les pires conditions sociales et environnementales, vit ses dernières heures.
On s’interrogera longtemps encore sur cette déconcertante naïveté qui a pu conduire les citoyens à abandonner aussi facilement leur destin entre les mains de ces sinistres spéculateurs financiers qui ont pris le contrôle de la marche du monde. Après tant d’années de renoncement et de passivité la France se devait de sortir enfin de sa léthargie. Elle est en passe d’y parvenir.


Quarante années de laisser-faire ont transformé un pays à vocation agricole, riche d’une diversité unique au monde, auto-suffisant en terme de produits manufacturés, doté d’un tissu commercial de proximité d’une très forte densité, en une friche agricole, commerciale et industrielle.

Moins de paysans, moins de commerçants, moins d’entreprises… c’est mathématiquement toujours moins d’emplois pour moins de salaires distribués, moins d’impôts levés, moins de charges sociales patronales et cotisations salariales prélevées.

Au final : moins de ressources pour le bien commun et les services publics.

Et une augmentation de la dette.

En attirant le chaland en dehors des villes, les super et hypermarchés ont considérablement modifié la physionomie de nos paysages urbains et péri-urbains. Voies d’accès, rocades, parkings surdimensionnés, stations-services automatisées, centres auto… tout a été pensé autour de notre inséparable auxiliaire de vie : l’automobile. Comme si l’espace terrestre était sans limite et les ressources fossiles inépuisables.


La commercialité de la cité s’est appauvrie au fur et à mesure que se sont enrichis les propriétaires des centres commerciaux, véritables Mecque de la surconsommation.

De lieux de vente, ils se sont peu à peu transformés en lieux de vie où la réalisation de soi – mesurée par le fameux moral des ménages – ne se limitait plus qu’au seul acte d’achat.

La consommation alimentaire était alors le fruit d’une agriculture déshumanisée, polluante, productiviste, non rentable et de surcroît non pérenne puisque nécessitant d’être gavée de substantielles subventions pour se survivre. Un comble pour un modèle qui se réclame du libéralisme !

Mais les temps ont changé.

Et les politiques ont enfin compris que la croissance de la consommation ne pouvait être le moteur du bien-être.

Les décisions qu’ils vont prendre à très court terme nous ouvrent à un monde nouveau, riche de promesses.

La publicité va être taxée à un niveau tel qu’elle ne sera plus rentable pour les entreprises qui seraient tentées d’y recourir.
C’est le bouche-à-oreille, reposant sur la qualité des produits, qui sera déterminant dans l’acte d’achat.

On ne jettera plus. On réparera. Tout produit fera l’objet d’une garantie légale obligatoire d’un minimum de dix années tandis que les fabricants auront l’obligation de produire l’ensemble des pièces détachées durant une période minimale de dix ans après l’arrêt de fabrication.

Des ateliers de remise en état et de valorisation d’appareils qu’on aurait autrefois voués à la décharge vont réapparaitre un peu partout le long de nos rues.

De véritables associations de consommateurs vont voir le jour, balayant les structures consuméristes dont l’objectif n’était que la recherche de prix soi-disant bas au mépris de toutes autres considérations.

Dans leur exigence de transparence et de traçabilité, elles obtiendront la prohibition des marques de distributeurs (MDD). Les produits devront désormais être signés. Avec l’appel au boycott et la légalisation du recours collectif (class action), les citoyens disposeront d’une arme redoutable pour lutter contre les excès des industriels et de la grande distribution.

Tous les produits feront désormais l’objet d’un étiquetage sur lequel figureront des repères visuels indiquant leur impact écologique auquel les associations de consommateurs ajouteront des critères sociaux exigeants à faire pâlir les promoteurs du commerce équitable en supérettes de jadis. Une fiscalité douce tendra à favoriser la consommation de produits respectueux de l’humain et de l’environnement tandis qu’une taxation dissuasive frappera toute commercialisation de produits à faible contribution sociale ou à l’impact écologique négatif. Les terres agricoles vont faire l’objet d’un recensement méticuleux. Elles seront désormais figées et leur cession – à un prix légalement défini – réservée à l’installation de nouveaux paysans.

La loi antitrust limitera à 8 % au maximum la part de marché d’une enseigne (directement ou via ses filiales) dans un rayon de 50 km autour d’un point de vente. C’en sera terminé de la concentration de la distribution et de sa spéculation sur l’alimentation. Les centrales d’achat, passibles des graves sanctions applicables en cas d’ententes commerciales, disparaitront.

Les conditions générales de vente des fournisseurs s’appliqueront à tous les commerces, sans exception. L’épicier de Tarnac bénéficiera des mêmes conditions d’achat que les mastodontes de la vente en linéaires.

Chaque supermarché, chaque hypermarché devra faire face à une multitude de commerçants de proximité, issus pour nombre d’entre eux de la mouvance militante sociale et écologique.

Dans ce contexte nouveau de concurrence loyale, la grande distribution ne pourra qu’être hors concours, hors compétition.

Loin des slogans des tribunes de l’alter bien-pensance, l’autre monde possible deviendra enfin réalité.

Le ministère de l’industrie sera rattaché à un grand ministère de l’écologie, de la santé et de la qualité de la vie.

La sécurité sociale finançait jusqu’à présent par ses remboursements, non seulement le coût industriel de fabrication des médicaments, les dépenses de recherche mais aussi de très coûteuses campagnes de promotions commerciales et de séduction de la profession médicale. S’y ajoutaient encore la prise en charge indirecte mais substantielle des superbénéfices rémunérant grassement les actionnaires de la chimie de la santé. Une véritable rente de situation ! Tout cela fait partie du passé.

L’industrie pharmaceutique va été libérée du joug des financiers. Mieux que nationalisée, elle sera désormais contrôlée par de grandes coopératives de santé – sans but lucratif et d’intérêt public – dans lesquelles l’État et les citoyens seront les seuls décideurs.

Comme pour les journaux, les timbres-poste ou les livres, le prix des médicaments sera indiqué sur leur emballage. Il sera le même partout. Sur tout le territoire. La rémunération des pharmaciens sera quant à elle constituée d’une remise unique, à taux fixe, consentie par le laboratoire fabricant selon le barème légal en vigueur. Aucune autre rémunération, directe ou indirecte, ne sera autorisée.

Respectueux des principes d’égalité, les politiques mettront en place un système de couverture sociale universelle dans lequel tout individu aura droit à la prise en charge de l’intégralité de ses dépenses de santé. Sans qu’aucune condition ne soit exigée de lui.

Dans ce contexte, la superposition des mutuelles facultatives, assurances privées pour la plupart (dont l’objectif poursuivi tend à se confondre de plus en plus avec les intérêts de leurs actionnaires) et de la sécurité sociale publique, dont elles sont censées compenser les carences, deviendra inutile.

Dépenser moins pour vivre mieux… Leur fusion permettra de dégager d’importantes économies qui seront aussitôt affectées à la prévention, à la recherche médicale et aux dépenses de bien-être.

Avant toute décision, les politiques auront le devoir – gravé dans le marbre de la Constitution – de s’assurer de la compatibilité des mesures qu’ils entendent prendre avec les exigences sociales et écologiques qui primeront dorénavant sur toutes autres considérations.


La tentation aura été forte pour les conservateurs – de droite comme de gauche – d’enfermer ce débat dans une caricaturale querelle des anciens contre les modernes.

Mais leur modernisme remontait aux années 1970 et il était plus que temps de mesurer combien il était dépassé.

Pendant de nombreuses années encore, nombre de politiques continueront à confondre la notion de progrès avec la croissance d’une surconsommation qu’ils s’obstineront à prétendre bienfaitrice.

Il faudra sans doute quelques temps encore avant qu’ils se rendent à l’évidence et rangent le libéralisme débridé sur les étagères poussiéreuses du musée des aberrations de l’histoire de l’Humanité. Qu’importe. Le mouvement est en marche. Plus rien ne peut l’arrêter.