Thomas Coutrot, les coulisses d’une manipulation…

Rendu indirectement destinataire du texte accusateur « Les coulisses d’un pamphlet » présenté par son auteur comme une contribution (sic) au « Manifeste 2007 » dont l’objectif assigné par la direction d’Attac était alors de « faire des échéances électorales françaises de 2007 et 2008 un grand moment de débat public sur les ruptures nécessaires avec les politiques néolibérales », j’adressais le 7 septembre 2006 un courrier recommandé (LR/AR 8653 9789 7FR) au professeur (c’est ainsi que l’on désigne couramment les correcteurs de copies…) Thomas Coutrot, membre du Conseil Scientifique d’Attac devenu depuis co-président du mouvement.

[ les textes qui suivent sont extraits de ce courrier ]

Poitiers, les Universités d’été 2006 d’Attac…

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la publication de cette étrange « contribution » de 16 pages – comportant trois annexes – fait suite aux échanges que nous avons eu lors des Universités d’été d’Attac France à Poitiers, le dimanche 27 août 2006, dans le cadre de la Table ronde animée par Michelle Dessenne sur le thème « Les débats sur le commerce équitable ». Inutile de revenir ici sur le débat de fond qui a plus que stupéfait l’auditoire de Poitiers. Le compte rendu de la Table ronde, suffit à satisfaire la curiosité de celles et ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à cette démonstration d’anthologie.

Ceci précisé, ce texte « Les coulisses d’un pamphlet », loin d’être « une contribution au Manifeste 2007 de rupture avec les politiques néolibérales » d’Attac, n’apporte en réalité aucune contribution au débat sur le commerce équitable. Il n’a manifestement d’autre objectif que de discréditer un auteur et son ouvrage contrariant, j’en conviens, les thèses de Thomas Coutrot et d’une poignée de ses amis.

On ne peut que regretter l’usage inapproprié et pour le moins abusif du statut de « membre du Conseil scientifique d’Attac » pour mener une telle campagne de dénigrement.

Les « putschistes » œuvrant avant les échéances politiques essentielles de 2007 et 2008 à la neutralisation d’Attac, acteur essentiel de la victoire du 29 mai 2005, n’étant pas nommément désignés dans ma note, on pourrait s’étonner de la violence et de la gravité de la réaction de Monsieur Coutrot.

Son « annexe 3 » (Révélation : les « putschistes » d’ATTAC au service de… Max Havelaar) est, on le comprend aisément à sa lecture, l’unique justification des 15 pages qui la précèdent et lui servent d’indispensable introduction.

Loin de participer au débat qui traverse aujourd’hui le monde équitable, bien au delà de nos frontières, sa « contribution » reposant sur des citations tronquées, sorties de leur contexte et manipulées, ainsi que sur des commentaires non étayés, relève d’une démarche qui n’a d’autre objet de décrédibiliser l’ouvrage et son auteur… ayant eu le tort de ne pas partager sa vision idyllique d’une « alternative » dont les dérives risquent aujourd’hui de la vider de son contenu politique initial.

Il n’est pas question d’entrer ici dans la justification de mes propos ni dans la qualification juridique du caractère calomnieux et diffamatoires des siens.

Trois exemples suffiront à démonter cette mécanique maîtrisée manifestement à merveille…

A. – premier exemple :

Thomas Coutrot cite, premier point de ce qu’il croit être un « florilège », une phrase extraite du premier chapitre de mon livre (page 18 dont une copie figure en annexe) :

« Avec la fin de l’accord international sur le café (AIC) en 1989 : « le prix payé au producteur chute de 7000% et devient inférieur à ce qu’il lui en coût pour produire sa récolte »

et il commente aussitôt avec ironie :

« Chuter de 100% signifie perdre toute sa valeur ; chuter de 7000% ne signifie rien ».

L’honnêteté à l’égard des destinataires de sa « contribution pour 2007 » tout comme l’impartialité que l’on est en droit d’attendre d’un membre du conseil scientifique d’un mouvement de la notoriété d’Attac, eut sans doute voulu qu’il cite l’intégralité de la phrase en question.

Les mots en gras ici sont ceux qui ont tout simplement été occultés :
« Les conséquences sont fracassantes : le prix payé au producteur chute de 7000 % et devient inférieur à ce qui lui en coûte pour produire sa récolte. Plus les petits producteurs vendent, plus ils s’appauvrissent », explique Florence Amalou dans les colonnes du quotidien Le Monde.

Un renvoi en bas de page 18 (renvoi n°2) de l’ouvrage précise la source de l’information :

« Le commerce équitable, plus strict et plus juste – Florence Amalou – Le Monde – édition du 26 mai 2005 », mention qui a curieusement disparu dans la démonstration du scientifique conseiller.

Sans cette manipulation quelque peu grossière et indigne d’un représentant du Conseil scientifique, il n’aurait pu échapper aux destinataires de sa critique que les guillemets (surlignés ici) encadrent les propos de la journaliste du quotidien Le Monde, qu’il s’agit bien d’une citation et non d’une affirmation de ma part !

Mais il est certain que dans ce cas, la scientifique démonstration s’effondrait quelque peu…

Qu’en est-il sur le fond ?

Florence Amalou a voulu exprimer ici « une chute fracassante » (ce sont ses mots) des cours du café, se traduisant par une baisse des prix à la production dans un rapport de 70 à 1.
Partant – à tort sans doute pour les puristes éminents spécialistes des mathématiques et de la statistique aussi, du principe que l’évolution d’une valeur subissant une hausse dans un rapport de 1 à 70 pouvait se traduire par un pourcentage d’augmentation de + 7000 %, la journaliste en déduit, sans doute maladroitement, qu’une baisse dans un rapport de 70 à 1 pouvait se traduire par le même pourcentage… de signe inversé. Ce qui au demeurant ne change rien quant au fond et à la baisse subie en valeur par les producteurs de café…

Citant Florence Amalou, je me trouvais face à trois alternatives :

- a) modifier arbitrairement son texte ? On ne se refait pas et il n’était pas question pour moi de corriger, adapter, modifier… en un mot de manipuler la citation d’un auteur comme mon adversaire semble le regretter. Il est sans doute des experts en la matière mais ce ne sont pas tout à fait mes façons de faire.

- b) commenter le pourcentage en question, en expliquant qu’il eut été « plus juste sur la forme » (le fond encore une fois ne change en rien) de parler d’une baisse dans un rapport de 70 à 1 ? Ceci alourdissait le texte et ne présentait, de mon point de vue, aucun intérêt spécifique quant à la compréhension de la situation des producteurs pour un lecteur normalement constitué.
J’ai proposé à l’auteur de cette critique de tenir à sa disposition les coordonnées de Florence Amalou afin que le spécialiste du chiffre qu’il est lui apprenne les us et coutumes et bonnes manières en matière d’expression de pourcentages, espérant qu’ainsi la rédaction des articles du quotidien Le Monde soit davantage conforme à ses attentes à l’avenir.

- c) publier comme telle la citation de la journaliste, en considérant que mes lecteurs seraient aptes à comprendre la signification des 7000 %  de Florence Amalou ?

C’est le choix que j’ai fait. Je ne peux que constater, à la lecture de la scientifique analyse de Thomas Coutrot que ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde…

B. – deuxième exemple :

Thomas Coutrot cite dans ce qu’il croit être un autre « florilège », une autre phrase extraite du premier chapitre, plus précisément de la p. 23, figurant elle aussi en annexe de son réquisitoire stalinien :

« Un kilo de café vert payé au paysan ougandais 0,14 dollar, après transformation sous sa forme soluble, son prix atteint 26,40 dollars le kilo en supermarché, ce qui représente alors, en tenant compte des pertes de poids au cours des différents traitements, 7000% de plus-value entre le prix à la production et le prix à la consommation !  ».

Et c’est bien évidemment son autorité toute scientifique qui l’autorise là encore à ironiser comme il le fait : « encore 7000%, mais toujours aucun sens ».

Pourquoi lui faut-il systématiquement tronquer mes citations pour donner une apparence de crédibilité à son entreprise de démolition ?

Là encore l’honnêteté à l’égard des destinataires de la fumeuse « contribution » eut voulu que soit citée l’intégralité du passage en question :

« Entre les producteurs et les consommateurs, une poignée de géants de la torréfaction. « Nestlé®, Procter and Gamble®, Douwe Egberts® et quelques autres, jubilent devant l’augmentation de leurs bénéfices », dénonce avec indignation l’association Artisans du Monde. (…)
« Consommé dans un bar, la part que reçoit le producteur ne dépasse pas 1 % du prix payé au comptoir ! », explique l’Oxfam prenant l’exemple d’un kilo de café vert payé au paysan ougandais 0,14 $ le kilo. Après transformation, il se retrouve sous la forme soluble à 26,40 $ le kilo sur les rayons des supermarchés. Ce qui représente, en tenant compte des pertes de poids au cours des différents traitements… 7 000 % de plus value, entre le prix à la production et le prix à la consommation !
Ce sont les mêmes [Nestlé®, Procter and Gamble®, Douwe Egberts® et quelques autres] qui, aujourd’hui, se parent des oripeaux de l’équitable… » .

Est-ce par manque de place qu’a été occultée, là encore, la source de l’information faisant l’objet du renvoi n° 23 en bas de page :
« une tasse de café au goût d’injustice – Oxfam International – 2002 » ?

C. – troisième exemple :

Thomas Coutrot cite quelques lignes, soigneusement isolées du chapitre 14 « une affaire coton » comportant 24 pages sur le thème « coton OGM bio et/ou équitable » :

« Pour Max Havelaar, équitable ET bio ne sont déjà plus les seules garanties anti-OGM. Alors que le bio garantit, de fait, l’absence de manipulations génétiques, l’équitable seul ne saurait suffire à apporter de réelles garanties anti-OGM. Dès lors deux (et seulement deux) combinaisons sont possibles : bio ou équitable ET bio. » (p. 211).

et il en conclut naturellement : « Je cherche encore ce que l’auteur a bien pu vouloir dire ». Naturellement…

Et comme il cherche encore… c’est bien évidemment que cette phrase sortie de son contexte – puisque détachée du chapitre 14 faisant l’objet d’une démonstration commençant une quinzaine de pages plus tôt (page 197) mais néanmoins destinée comme telle aux lecteurs de sa « contribution » qui n’auront pas forcément lu mon livre n’est manifestement… pas compréhensible !
Bien évidemment.
C’est même scientifiquement démontré…

Ne cherchez plus…

Oui, cher Thomas Coutrot, il résulte bien de la démonstration que je fais de la page 197 à la page 211 que la seule mention « équitable » sur un produit ne saurait garantir qu’il a été cultivé sans OGM.

Oui, cher Thomas Coutrot, sans faire offense au scientifique que vous êtes, il n’y a bien que deux alternatives possibles pour garantir qu’un coton est sans OGM :
- qu’il soit BIO ou
- si le produit se réclame de l’équitable : qu’il soit non seulement équitable… mais aussi bio.

La seule mention « équitable » ne garantissant aucunement l’absence de manipulation génétique.

Je m’étonne, et suis navré, que notre scientifique conseiller ait pu « chercher » aussi longtemps ce qui était une évidence.

Afin de lui gagner un temps précieux et de faire cesser sa tourmente, je le renvoyais aux éminents spécialistes de la question des OGM que sont Dominique Mourlane, Aurélien Bernier, Christian Velot ou encore Hervé Kempf qui auraient pu lui apporter les éclaircissements à la problématique des OGM qu’il semblait quelque peu ignorer. Je me suis permis aussi de lui recommander la lecture de l’excellent livre « Les OGM en guerre contre la société », publié en août 2005 par Attac aux éditions (personne n’est parfait…) Mille et une nuits (ISBN 2-84205-926-3).

Les autres commentaires étant de la même veine et n’ayant d’autre objet que de jeter le discrédit sur le livre, son auteur et son éditeur à des fins qui nous éloignent quelque peu de l’objet du mouvement Attac en général et du « Manifeste 2007 de rupture avec les politiques néolibérales » en particulier, plus encore du commerce équitable… je décidais de ne pas perdre davantage de temps et de ne pas y répondre point par point.

Mon livre a fait l’objet d’une enquête qui a duré près de trois ans. Chacun s’accorde à reconnaître la masse de travail qu’il représente, la richesse de sa documentation et des témoignages recueillis.

Chacun reconnaît aussi la nécessité qu’il y a à ce que le commerce équitable sorte enfin de la quasi religiosité qui l’entoure afin qu’un véritable débat s’instaure sur ses origines, ses réussites mais aussi ses abus, dérives et excès, et que de véritables alternatives au néolibéralisme puissent enfin se mettre en œuvre sans avoir à subir immédiatement la récupération des transnationales de l’agroalimentaire et de la distribution. Et pas seulement…

On peut ne pas être d’accord, discuter, contester et contredire. J’ai pu, récemment encore, mesurer de nombreux points de convergences – et quelques points de désaccord aussi -, avec d’éminentes personnalités ayant eu des responsabilités de premier plan au sein du mouvement Max Havelaar. Ces échanges n’ont fait qu’enrichir notre réflexion et nos connaissances mutuelles dans le cadre de relations loyales et de respect.

On ne peut en revanche, salir, dénigrer, dénaturer et tenter de décrédibiliser impunément des travaux étayés – comme il a été tenté de faire ici – dès lors qu’ils contredisent le catéchisme de penseurs labellisés et de leurs amis.

Comment accepter qu’un texte aux arguments biaisés, insultants, dont les pseudo analyses relèvent de la calomnie et de la diffamation soit ainsi diffusé par un membre se réclamant, pour accomplir d’aussi basses besognes, du Conseil scientifique d’Attac ?

Est-ce cela… l’autre monde possible ?

NOTA : il est évident – mais peut-être pas inutile de préciser – que ce texte n’engage en aucune façon le mouvement Attac et pas davantage son Conseil scientifique. Seulement son auteur…



Quelques années plus tard, je mesure combien ce livre a pu être dérangeant pour certains, au point que de telles machines de guerre soient ainsi mises en œuvre dans le plus profond mépris de la vérité et du devoir d’informer.

Toute vérité n’est pas bonne à dire, dit-on.

C’est pour cela qu’elle doit être dite.

Et que pour ma part, renforcé par ces attaques répétées autant qu’infondées, je m’emploierai à sa recherche, sur ce sujet comme sur d’autres, sans relâche et sans compromission.



Le 21 décembre 2010, Thomas Coutrot signait la pétition lancée par le comité de soutien et l’accompagnait du message de soutien suivant :

Bonjour Christian;

J’ai appris la plainte de Max Havelaar à ton encontre.
Tu le sais, j’ai exprimé mon désaccord politique sur la façon à mon sens excessive dont tu critiques Max Havelaar dans « Les coulisses du commerce équitable ».
Mais je désapprouve vivement le dépôt par Max Havelaar d’une plainte contre toi, sur la base de propos manifestement déformés.
Je ne peux pas croire que tu aies tenu les propos que l’Echo des Savanes t’attribue, et je ne comprends pas pourquoi la plainte de Max Havelaar te vise, et non le journal qui a publié ces propos déformés.
J’ose espérer qu’il ne s’agit pas d’une tentative d’intimidation contre toi, et que Max Havelaar retirera sa plainte. Les différends entre vous doivent être traités par l’argumentation politique et pas par les tribunaux.
Cordialement,

Thomas Coutrot