Sarkozy. Le jour d’après…

| ChJ | L’Écologiste | n°33 | hiver 2010 |

« Sarkozy casse les services publics, les hôpitaux et le système de santé. Le gouvernement s’évertue à détricoter scrupuleusement les acquis du Conseil national de la Résistance », entend-on, çà et là. Le constat est juste. Il est même sous-évalué.




La politique que mène actuellement Nicolas Sarkozy nous renvoie à pas de géant au XIXème siècle. Mais ramener à sa seule personne la politique délétère menée sous l’autorité d’un homme, même le plus réactionnaire, conduit à considérer qu’il suffirait de jeter l’eau du bain avec son contenu pour que la marche du monde nous paraisse tout à coup beaucoup plus supportable.



Comme si le cahier des charges n’était pas rédigé ailleurs…

Comme si les directives européennes traduisant servilement les règles ultralibérales édictées par l’OMC ne dépassaient pas la modeste personne d’un président de la République.

Comme si l’application scrupuleuse du fameux Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), que tout le monde semble avoir oublié, était l’apanage de Nicolas Sarkozy et de ses amis.

Le temps de la gauche semble être venu. Mais de quelle gauche ? Et pour quel modèle de société ?

« Je crois que Dominique Strauss-Kahn est intellectuellement le plus apte à trouver des compromis dans la gauche (…) pour nous faire avancer », déclarait récemment Daniel Cohn-Bendit (1), nouveau chantre de l’ultralibéral dirigeant du FMI (Fond Monétaire International).

Avancer… pour être élus. Mais être élu pour quoi faire ?

Pour le vieux leader pseudo révolutionnaire germanopratin, le choix de la présidentielle de 2012 s’apparente déjà à un nouveau reniement : « Dominique Strauss-Kahn n’est pas au centre mais occupe une position centrale (sic). Est-ce qu’on veut être de gauche et perdre ou est-ce qu’on veut battre Sarkozy ? ».

Ne pas être de gauche – en pleine crise du modèle capitaliste libéral – serait-il un véritable passeport pour accéder au pouvoir ?

Au-delà du naufrage de l’ancienne tête de gondole de la révolte estudiantine, Daniel Cohn-Bendit nous livre ici, sans le vouloir, une formidable démonstration de la paupérisation du débat politique français.

Battre Sarkozy. Voilà bien le projet !

Battre Sarkozy… le zélé interprète de ces partitions qu’écrivent pour lui le cartel du Fouquet’s, les intégristes du Medef, les métronomes de la Banque Mondiale (BM), de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et du Fonds Monétaire International (FMI).

Battre Sarkozy… pour le remplacer par un éminent spécialiste de ces politiques d’ajustement structurel qui ont enrichi les rentiers et ruiné tant d’économies locales en les livrant au dieu marché ?
Cinquante années après que Jean-Paul Sartre ait préconisé de « ne pas désespérer Billancourt », les Bettencourt ont pris la place des Renault dans les préoccupations quotidiennes de nos politiques.

Solidement ancré dans ce que d’aucuns appellent l’opinion publique, l’anti-sarkozysme pourrait bien aider le parti socialiste et ses laquais à triompher. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Au-delà de la personne de Nicolas Sarkozy, c’est bien la politique qu’il mène dans un système économique européen mondialisé – où l’humain n’est plus que l’accessoire du financier et l’écologie approchée en terme de marché et de croissance greenwashée – qui conduit au naufrage.

Et en dehors de la petite touche rose qui va si bien à son teint, l’alternance promise au parti de la rue de Solférino – à défaut de véritables alternatives au service des citoyens – n’y changera rien… si les règles du jeu économique, écologique et social ne sont pas profondément modifiées.

N’est-ce pas l’actuel patron du FMI qui a fait le choix d’imposer aux pays en difficulté (Grèce, Irlande…) d’opérer des coupes sombres dans leurs budgets sociaux, de mettre leurs services publics à la diète jusqu’à l’anorexie pour mieux les livrer au privé, d’augmenter les prélèvements sur les plus modestes pour soulager les plus riches ?

Le tout pour rassurer les fameux marchés, vocable édulcoré derrière lequel se cache l’armée invisible des nouveaux terroristes internationaux que sont ces spéculateurs qui n’hésitent plus à mettre en péril le fragile équilibre des États et à côté desquels Al-Qaida fait figure d’amateur.

Croire qu’il suffit de changer le chef d’orchestre pour modifier la partition risque d’amener à de nouvelles désillusions.

A moins que les citoyens ne sortent enfin de leur interminable léthargie et montrent fermement le chemin aux égarés qui s’entre-déchirent… pour les guider.



(1) « Cohn-Bendit : Le débat le plus intéressant serait Strauss-Kahn contre Sarkozy », Le Monde, 5 décembre 2010