Polluez tranquille, Pur Projet vous absout…

De l’équitable au greenwashing… jusqu’au Prix Pinocchio ?

Sur les contreforts des Andes, Pur Projet (le collectif créé par Tristan Lecomte accompagné d’un certain nombre de transfuges d’Alter Eco, la marque logotisée Max Havelaar de commerce équitable partenaire privilégiée des grandes et moyennes surfaces qu’il a fondé en 1998 et présidé jusqu’en 2011, date à laquelle il a été remercié par les fonds éthiques mais pas désintéressés qu’il avait naïvement introduit dans la bergerie quelques temps auparavant) – s’est donné pour mission de planter des arbres et protéger des forêts pour compenser la pollution de multinationales comme Vinci, Nestlé ou GDF Suez.
Dans cet idyllique projet « les intérêts des communautés locales ne pèsent pas très lourd », dénoncent en chœur les ONG Les Amis de la Terre, le CRID, Peuples Solidaires-ActionAid et l’Observatoire des multinationales.
Au point d’avoir retenu Pur Projet parmi les entreprises hyper greenwashisées nominées dans la catégorie « Plus vert que vert » pour son peu valorisant Prix Pinocchio du développement durable. Un prix décerné à « l’entreprise ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles ». Pur Projet n’est encore que finaliste mais troisième, deuxième ou premier… figurer dans un tel palmarès est un nouveau label dont le très médiatique Tristan Lecomte aurait sans aucun doute aimé faire l’économie.

| Les Amis de la Terre | octobre 2014 |

La « compensation carbone » permet à des pays ou à des entreprises fortement émetteurs de gaz à effet de serre de « compenser » leurs émissions sans les réduire. Comment ? Simplement en finançant des projets − notamment de préservation des forêts − dans d’autres pays, pour obtenir en théorie un bilan « neutre » au niveau des émissions globales [1].
C’est précisément ce que fait Pur Projet dans la région de San Martin, au Pérou, prétendument à la demande et au bénéfice des communautés locales. En réalité, la logique de ces projets se heurte à la réalité et aux besoins des gens
[2].

[ Crédit photo Les Amis de la Terre France - Village de Yurilamas (Pérou) démarché par Pur Projet ]

Ces projets reposent sur un montage financier et contractuel complexe. A San Martin par exemple, à chaque arbre planté ou à chaque parcelle de forêt protégée est attaché un contrat carbone, signé entre un propriétaire foncier (État ou communauté) et des coopératives de producteurs de cacao ou de café. Pur Projet signe ensuite avec ces coopératives des contrats de transfert exclusif pour 80 ans des droits sur le carbone, afin de les revendre à des entreprises polluantes en quête de « pureté carbone » [3]. Le gouvernement régional ne perçoit aucun bénéfice sur cette revente. Et les communautés locales n’ont absolument aucune idée des montants générés par ce marché, ni n’en connaissent les clients finaux et leurs motivations.

Dans les forêts aujourd’hui sous contrat exclusif avec Pur Projet vivent des centaines de migrants, établis en communautés au fil des ans : ils ont fui les provinces minières, où leur terre était devenue incultivable. Mais faute de droits fonciers reconnus, pas de consultation sérieuse : impossible donc de s’opposer au gel de leurs forêts.

Pur Projet clame haut et fort qu’il ne s’agit pas là d’une forme d’accaparement des terres. Mais pour générer les précieux crédits carbone, il faut bien ralentir la déforestation. Idéalement en mettant en place des activités alternatives. Et au besoin, en empêchant l’accès des communautés aux ressources naturelles dont elles dépendaient traditionnellement pour vivre. Pur Projet a ainsi prévu un budget de 150 000€ pour « l’action en justice contre les invasions des migrants dans l’aire de conservation ».

En savoir plus :
[1] Position des Amis de la Terre sur la compensation carbone et vidéo L’histoire de REDD pour comprendre les enjeux autour du mécanisme de réduction des émissions liées à la dégradation des forêts et à la déforestation
[2] Rapport de mission et vidéo des Amis de la Terre France (mars 2014)
[3] Contrat de Pur Projet avec la coopérative Acopagro, Contrat de la coopérative Oro verde avec les paysans.

Le prix Pinocchio attribué à Pur Projet ? Ou peut-être à l’un de ses concurrents dans la course à la greenwashisation ?

C’est à vous d’en décider. Vous avez la parole. Prenez la…

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