Petites manipulations entre amis autour du commerce équitable…

Dans un paragraphe intitulé « La révolution dans un supermarché ? », du chapitre 21 des coulisses du commerce équitable, j’écrivais ces quelques lignes qui manifestement ont dû déranger dans les chaumières de la soft-contestation :

La perception du commerce équitable est très différente selon la place qu’occupe l’observateur. Gadget de communicants pour les uns, outil marketing pour les autres, il n’est pour d’autres encore qu’un servile accompagnateur du néolibéralisme triomphant, lui permettant de socialiser, en apparence, des modes opératoires humainement des plus violents.
Il y a ceux qui y voient une menace pour le libre échange. Une façon de fausser la libre concurrence, alpha et oméga du sacro-saint marché.
Il y a ceux qui lui reprochent d’être « une stratégie réformiste et gradualiste, dénuée de rupture radicale dans les rapports de propriété ou d’abolition du capitalisme ».
Pour eux, ce café « capable de réveiller tout un village », bien que nous promettant, par ailleurs, de « dormir tranquille », en poussant servilement nos caddies®, ne serait pas le meilleur annonciateur d’un monde meilleur. Tout juste, une chimère génétique (1) ayant muté en café somnifère !
Pour sa campagne de communication accompagnant la quinzaine du commerce équitable de 2005, Leclerc reprend à son compte (2) le slogan soporifique de Max Havelaar.
Le distributeur qui prétend libérer l’homme par la consommation, invite à son tour l’Homo économicus, à anesthésier ce qu’il pourrait avoir de rebelle dans son esprit, pour ne plus penser qu’à consommer.
Dormez braves gens…

(1) « chimère génétique » ou encore « chimère fonctionnelle », étaient les doux noms poétiques retenus par les scientifiques pour désigner les OGM, jusque dans les années 1980, rappelle Jean-Pierre Berlan (directeur de recherches à l’INRA)
(2) plaquette « commerce éthique et équitable » – E. Leclerc (2004/2005)

L’actualité incandescente d’alors m’inspirait encore ces quelques lignes complémentaires qui allaient déclencher – allez savoir pourquoi ? – les foudres de Thomas Coutrot, futur co-président d’Attac :

Confondant Max et Marx, de doux rêveurs – qui siègent dans des conseils parfois bien peu « scientifiques » qui se prétendent altermondialistes – voient « se dessiner, en filigrane, un modèle non capitaliste d’organisation économique », au travers de ce modèle de commerce équitable en supérettes.

D’autres vont plus loin, rêvant, sans rire, du grand soir : « On peut décrire cette perspective comme un encerclement du pouvoir du capital, dans une guerre de positions où l’économie solidaire et le contrôle citoyen combinent leurs conquêtes pour se constituer progressivement en alternative à l’hégémonie capitaliste sur le champ économique ».

Par respect et par décence, je ne citais pas l’auteur de ce propos révolutionnaire, proféré par un expert, membre de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire) de 1974 à 1988… Mais manifestement il s’est reconnu. Et il n’a pas aimé relire ses propos…

A moins que ce ne soit la note n° 13 figurant en bas de la page 331 qui ait courroucé celui qui se présente désormais comme « économiste atterré » ?

L’affaire n’aurait jamais dû s’ébruiter. Et voilà qu’une note de bas de page d’un livre bousculant les belles manières et les belles idées reçues la rendait soudainement publique. La note 13 ?

La voici…

13. La publication par le mouvement Attac, d’un petit guide du commerce équitable, tout entier consacré à la gloire de Max Havelaar – puisque rédigé en grande partie de la main de Vincent David (ex chargé des relations extérieures de… Max Havelaar), assisté, entre autres, de quelques « amis » de la marque invités à y participer – est curieusement devenu un enjeu majeur pour les « putschistes » – membres du conseil d’administration et du conseil scientifique d’Attac France – qui tentent depuis de nombreux mois, contre la volonté de la grande majorité des adhérents de l’association, de prendre le pouvoir pour mieux neutraliser ce mouvement qui les dérange dans leur léthargie légendaire.

Après Leclerc, MacDo, Nestlé, Starbucks, Dagris, Amnesty International… Attac cédera-t-elle aux sirènes de Max Havelaar, alors que la Confédération Paysanne a refusé ses avances ?

A l’époque, le CA d’Attac est saisi par Thomas Coutrot au sujet de la publication de ce fameux livre sur le commerce équitable. Un point à l’ordre du jour de la réunion du CA du 22 avril 2006 y est alors consacré.

Pour prendre sa décision en connaissance de cause, le Conseil d’Administration du mouvement altermondialiste invite à sa réunion Thierry Brun, Thomas Coutrot, Gus Massiah (qui y participait déjà en tant qu’administrateur) et l’auteur de ce site.

Tant d’anomalies, d’imprécisions et d’inexactitudes sont relevées dans le manuscrit qu’Attac – ne souhaitant pas se fourvoyer dans cette aventure et y engager son image – décide, à l’issue de cette réunion présidée par Bernard Cassen et co-présidée par Michèle Dessenne, de refuser la publication de l’ouvrage sous son label.

Ultime vexation… Suivant les préconisations du journaliste Thierry Brun, invité à donner un avis indépendant, l’association altermondialiste préconise alors au coordinateur du projet de publier son opuscule… sous sa propre signature.

Mille et Une Nuits, l’éditeur attitré d’Attac, refuse quant à lui le manuscrit que certains n’hésitent pas à qualifier de publi-reportage rédigé à la gloire Max Havelaar.

Mille et une nuits ?

« Un éditeur 100% capitaliste, département de la librairie Arthème Fayard, filiale de Hachette, donc du groupe Lagardère, par ailleurs grand marchand d’armes devant l’éternel » , écrira le scientifique conseiller, non sans avoir au préalable sollicité ledit éditeur en lui remettant le manuscrit de l’ouvrage contesté par la direction d’Attac.

En souvenir de sa collaboration active, quelques années auparavant, avec le grand marchand d’armes accessoirement éditeur d’Attac, désormais banni ?



Épilogue :

Les fondateurs historiques d’Attac (Bernard Cassen, Michèle Dessenne, Jacques Nikonoff, Aurélien Bernier… ont été chassés de l’association.

Thomas Coutrot en a été désigné coprésident.

Les adhérents ont depuis déserté massivement le mouvement, nombre de comités locaux ont disparu et l’association a dû se résigner à licencier.

Attac, indispensable et salutaire agitateur d’idées, est malheureusement devenu pratiquement inaudible, presque invisible, même par temps de crise. Comment l’expliquer alors que l’effondrement du capitalisme financier lui offre l’opportunité de tribunes inespérées ?



Du bon usage des écrits de Monsieur Coutrot…

Quelques années plus tard… la note numéro 13 prend tout son relief et justifie à elle seule la très peu scientifique « Contribution au débat » de l’économiste atterré Thomas Coutrot à laquelle les amis de Max Havelaar ne manquent pas une occasion de se référer.

… dénoncé par de grandes figures de l’altermondialisme ?

Une… plutôt que « de grandes »… eut été plus juste.

Et pour être tout à fait complet : « Figure… promouvant la publication par Attac d’un opportun petit guide à la gloire de… rédigé en grande partie de la main d’un ex chargé des relations extérieures de Max Havelaar », aurait-il fallu ajouter pour être tout à fait exhaustif. Exhaustif mais susceptible de nuire à la démonstration.

L’indépendance des experts, décidément.

Parlons en…