Les enseignes de l’extorsion

| ChJ | Le Monde Diplomatique | Décembre 2002 |

RÉFÉRENCEMENT. Comment ça marche ?

hold-up ?


Prenons l’exemple d’une petite entreprise qui confectionne des tablettes de chocolat. Sa gamme comporte cinq produits différents : chocolats noir, blanc, au lait, aux noisettes et aux amandes.

Elle dispose d’un produit de très bonne qualité, jouit d’une excellente image et décide de franchir le pas en étant distribuée en grandes et moyennes surfaces (GMS).

Elle y est d’autant plus incitée que l’affaiblissement du commerce traditionnel ne lui permet plus, malgré son propre potentiel, d’envisager l’avenir sereinement. Face à elle, ce qu’elle croit être un débouché inespéré : un puissant réseau regroupant 1 500 supermarchés et 200 hypermarchés.

C’est alors que les mauvaises surprises commencent : pour le seul référencement de ses cinq tablettes de chocolat en supermarché, l’entreprise devra verser à la centrale d’achat 150 € par produit (750 € pour les cinq variétés), ce qui, pour les 1 500 points de vente de l’enseigne, représente 1 125 000 €. Pour les hypermarchés, l’entreprise devra débourser 750 € par produit, 3 750 € pour le référencement de la gamme par chaque hypermarché, soit 750 000 € pour l’ensemble des 200 hypermarchés du réseau.

Au total, cette opération aura ainsi coûté 1 875 000 € (plus de 12 millions de francs) à verser sans aucune garantie ni de commande, ni de volume, ni de pérennité des relations commerciales.

Le chèque établi, le mécanisme de racket se met alors en place, inexorablement, pouvant aller jusqu’à la disparition de l’entreprise en cas de déréférencement.

Ainsi, tout récemment, un grand nom de l’alimentaire français s’est vu réclamer 2 % de plus de « marge arrière ». Arrivé à la limite de ses possibilités, il ne pouvait consentir un centime supplémentaire de rabais.

Pour le sanctionner, les deux premiers produits de sa gamme n’ont plus été commandés par la centrale d’achat. Deux usines ont dû être fermées. Il n’y avait pas de revendication des actionnaires, pas de fonds de pension américains intransigeants dans cette belle entreprise familiale.
Tout juste les exigences des centrales d’achat de la grande distribution française, dont l’appétit de profits insatiable constitue une menace pour l’économie.

Christian Jacquiau

« Un milliard trois cents millions de petits producteurs victimes d’un hold-up organisé », selon les signataires de cet appel à « consommer plus juste ».

QUESTION : « petits producteurs victimes »… mais de qui ?

Quelles sont donc ces entreprises qui après avoir exploité et plongé des millions de petits paysans (et leurs salariés) dans une misère extrême en leur imposant des prix réduits au plus strict minimum depuis tant d’années, reviennent avec cynisme sur les lieux de leurs forfaits, à peine dissimulés sous leurs tous nouveaux masques équitables, encore étiquetés made in sweat-shops ? (1)

(1) Ces fameux ateliers de la sueur dans lesquels on exploite allègrement des millions et des millions de travailleurs pauvres pour le plus grand bonheur, nous dit-on, des consommateurs déconscientisés du Nord.

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CONSOMMATION : LE PRIX ET LA VALEUR (1/5)
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