Les multinationales à l’assaut… (1/5)

| ChJ | Politis | hors-série n°52 | mai-juin 2010 |


… de la bio et du commerce équitable

TOUT S’ACHÈTE et TOUT SE VEND…

L’équitable partout. Mais pour quelle équité ?
Le commerce équitable n’est pas la seule idée à avoir été récupérée par le système néolibéral mondialisé
.

Approches écologiques nées de la médiatisation du Grenelle de l’environnement, développement durable, production éthique et aujourd’hui agriculture biologique sont autant de démarches à avoir été assimilées par les entreprises transnationales pour en faire aussitôt des concepts marketing, aptes à leurs ouvrir de nouveaux marchés.

Chaque marque, chaque enseigne y va désormais de sa petite touche écolo-ethico-équito-durable. Parfois même… charitable !

Il en va des idées comme des hommes. Tout s’achète et tout se vend. Rien ne se perd et tout se récupère.

Jean-Pierre Coffe, qui avait promis avoir « encore bien des messages à faire passer » après la suppression de l’émission çà se bouffe pas, ça se mange (1), a muté de combattant contre la malbouffe en homme-sandwich de Leader Price.

Dans le même temps, le botaniste Jean-Marie Pelt (2) publie un livre co-rédigé avec le patron des super et hypermarchés Système U (3).

Consommer moins, consommer mieux… pour consommer plus ?

Sauf à croire que le distributeur serait un traître à la cause… de ses actionnaires.
Après McDonald’s, Starbucks, Accor, Nestlé, Dagris, Leclerc… le hard-discounter allemand Lidl a lui aussi bénéficié de l’image équitable de Max Havelaar.
A ce stade pourquoi ne pas fusionner low-cost (symbole s’il en est des bas coût sociaux) et commerce équitable ?
Tant qu’on y est…

C’est fait. La compagnie low-cost Transavia, filiale à 60 % du groupe Air France KLM, propose désormais une gamme de produits logotisés Max Havelaar !
Le plus étonnant est sans doute de voir comment une part – certes de plus en plus infime – de ceux qui se réclament d’un certain altermondialisme, s’est engouffrée dans la défense, becs et ongles, de cette récupération entreprise par les transnationales et leurs improbables alliés.

L’équitable partout. Mais pour quelle équité ?
L’évoquer équivaut à pénétrer une zone de non droit. Et à s’exposer aux foudres et à la calomnie – aux propos diffamatoires parfois – de ceux qui se sont auto-proclamés gardiens de la citadelle de la pensée alter. Une autre forme d’axe du bien et de pensée unique parfois, dogmatique et conservatrice, pour ne pas dire pire…

Est-ce parce que les mêmes dénoncent en boucle les méfaits de la mondialisation, d’éditoriaux en tribunes et de colloques en forums, défilent (un peu) sous des banderoles « halte à la misère, halte à la précarité », le lundi… mais poussent allègrement le Caddie® le samedi venu ?

La schizophrénie de la contestation rejoint celle des citoyens / consommateurs, refusant de faire le lien entre les méfaits dénoncés et notre mode de consommation, reposant sur des produits vidés de tout contenu social et environnemental.
Curieusement, douze années après la création d’Attac la grande distribution ne fait toujours pas partie des thèmes de prédilection du mouvement syndical, social et altermondialiste.

Une complaisante timidité qui contraste singulièrement avec la pugnacité du prêtre ouvrier Franz van der Hoff, cofondateur de Max Havelaar : « Depuis ses débuts en 1988, Max Havelaar vise à fédérer tous les acteurs du marché : producteurs, commerçants alternatifs, groupes de consommateurs. Ici à l’UCIRI, nous sommes toujours anti-capitalistes, contre les transnationales. Nous préférons les petites entreprises et les magasins locaux.
Dès 1990, nous étions déjà préoccupés par la tournure que prenait le développement du mouvement dans d’autres pays.

Nestlé - kit-kat fairtrade

La dimension politique a été progressivement édulcorée puis évincée (…) En tant que producteurs, nous avons fortement protesté lors des forums bisannuels des initiatives nationales de Max Havelaar et de FLO, mais sans grand succès » (4).

Pourtant dans les régions, sur le terrain, il en va tout autrement…

A l’instar des AMAP et des GASE (groupements d’achats solidaires et éthiques) bretons, des initiatives citoyennes voient le jour un peu partout, loin des état-majors et de leurs élites pétaradantes que certains n’hésitent plus à qualifier… d’hors-sol.

Le réseau Sortir du supermarché a vu le jour en Aveyron, spontanément, à l’issue d’une conférence sur la grande distribution en février 2008 (5).

Un truc de bo-bo (bourgeois-bohèmes) comme les peu regardants consommateurs-consensuels (au diminutif si peu flatteur qu’on préfère le plus souvent le taire…) ont tendance à caricaturer les citoyens-consommateurs ou consomm’acteurs ?
Pas tout à fait.

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LES MULTINATIONALES À L’ASSAUT… (2/5)
JUSQU’À QUAND ALLONS-NOUS PERMETTRE ?

notes :
(1) L’émission çà se bouffe pas, ça se mange a été animée par Jean-Pierre Coffe sur les ondes de France Inter, le samedi de 12h à 13h, durant neuf années. C’était avant qu’il ne devienne le porte drapeau de la malbouffe hard-discountée.
(2) Autre chroniqueur de France Inter dans l’émission CO2 mon amour, animée par Denis Cheissoux, le samedi de 14h à 15h.
(3) Consommer moins, consommer mieux, Serge Papin, Jean-Marie Pelt – éditions autrement La Croix, 2009.
(4) propos recueillis en 2007 par écrit par le journaliste belge David Leloup pour le magazine Imagine demain le monde.
(5) http://sortirdusupermarche12.free-h.net