Les multinationales à l’assaut… (4/5)

| ChJ | Politis | hors-série n°52 | mai-juin 2010 |

… de la bio et du commerce équitable

UNE FERME BRANCHÉE

Avec un investissement de 9,2 millions d’euros, ses 1400 m² de surfaces de ventes couvertes et ses 250 m² en extérieur, ses 1000 références, ses bâtiments agricoles du XVIIe siècle et ses 15 hectares d’excellente terre agricole en zone péri-urbaine se répartissant dorénavant en constructions, parkings, parc d’animation et espaces de maraichage, la ferme du Sart n’est pas l’œuvre d’un utopiste néo-rural isolé.

Elle est le magasin pilote d’un projet ambitieux qui se rêve en start up agricole, fruit des cogitations de Matthieu Leclercq (sans rapport avec les Leclerc de l’enseigne éponyme), fils de Michel Leclercq le fondateur de Décathlon, l’un des joyaux de l’univers Mulliez (11), et cousin de Gérard Mulliez (12), héritier des Lainières de Roubaix et accessoirement fondateur d’Auchan.

« À la différence des supermarchés, nous ne mettons pas en concurrence les producteurs, mais nous parvenons à être compétitifs en supprimant les intermédiaires », tente de rassurer Matthieu Leclercq.
De vilains intermédiaires, comme ces puissantes centrales d’achat de la poignée de groupes de distribution qui contrôlent notre consommation, et dont le groupe Auchan est l’un des chefs de file ?

Dans un premier temps, les promoteurs de la ferme ont axé leur communication en affichant une volonté d’encourager l’agriculture péri-urbaine favorisant les producteurs locaux. Mais les syndicalistes agricoles et élus écologistes n’ont pas été dupes longtemps de la manœuvre.

« La démarche utilisée par les dirigeants de cet hypermarché est purement commerciale, assortie d’un marketing cynique, qui consiste à faire toute la publicité à partir de raccourcis hasardeux. Il s’agit ainsi de faire croire au consommateur qu’il soutient l’agriculture locale s’il fait ses courses dans cet hypermarché. Mais il ne suffit pas d’avoir 10% de produits locaux pour être exemplaire en terme d’éthique et de durabilité… », expliquent Les Verts des Catiches (13).

Durant plus d’une année, la ferme a expérimenté avec son partenaire, la société DAG System Pygmalion, un modèle que d’aucuns verraient bien se généraliser dans le monde merveilleux de la grande distribution.

Pour être client de la ferme, il faut disposer d’une adresse e-mail et aussi, indispensable sésame, d’une carte bancaire.
Lors de sa toute première visite, le client renseigne son profil. Une fois fiché, il ne lui reste plus qu’à s’identifier en introduisant sa carte bancaire dans un lecteur dédié et à s’équiper d’un très élégant bracelet électronique doté d’une puce RFID (Radio Frequency IDenfication ) afin de pouvoir commencer ses emplettes.

Chaque fois qu’il décide de s’emparer d’un produit, il doit présenter son bracelet magique devant la borne de lecture qui l’identifie.
Miracle de la technologie, sans qu’il n’ait besoin de s’en préoccuper, l’addition est alors instantanément débitée sur son compte bancaire.
Et en l’absence de caissièrescette engeance qui dans des temps lointains exigeait des salaires, des temps de pause et même des congés payés – son ticket de caisse lui est aussitôt adressé… par courriel.

L’expérimentation est maintenant terminée. La ferme est revenue aux bons vieux code-barres, scannés – en l’absence d’hôtesses de caisse – par les consommateurs eux-mêmes.
En attendant d’autres avancées…

Les caissières, quant à elles, arpentent désormais les longs couloirs de Pôle emploi à la recherche de ces jobs du futur (de 500 000 à 1 000 000 !) promis par Jacques Attali dans son fameux rapport de libération de la croissance qui n’a eu d’autre effet que de libéraliser le secteur tout entier de la grande distribution. Avec le succès que l’on sait…

Ce bracelet électronique, qui n’est pas sans rappeler ceux utilisés par l’administration carcérale, pourrait bien être remplacé à terme par des puces radio-fréquences implantées sous cutanée. Science-fiction ?
Pas tout à fait.

A Barcelone, le Baja Beach Club débite le prix des entrées et des consommations de ses clients grâce aux puces injectées dans leurs corps.
Plus besoin de billets de banque, de cartes accréditives, de chèques et de pièces d’identité !

Sur l’écran de l’ordinateur de la discothèque s’affichent les noms et numéro d’identification des clients ainsi que le crédit dont chacun dispose dans l’établissement.

« C’est un moyen imparable de lutter contre la fraude. Vous avez là les prémices d’un monde plus sûr », explique Conrad Chase, co-dirigeant de cet établissement qui s’enorgueillit d’avoir été le premier au monde à proposer une puce greffée comme moyen de paiement.

Ce mode d’identification développé par Raytheon, l’un des plus puissants groupes mondiaux d’armement étatsunien, est déjà largement utilisé à des fins médicales ou sécuritaires (monitoring médical de patients à risque, surveillance, pistage et suivi de militaires, diplomates…).

Alors pourquoi ne pas l’appliquer demain aux pousseurs de caddies® ?




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LES MULTINATIONALES À L’ASSAUT… (5/5)
SERFS DE TEMPS NOUVEAUX ?

notes :
(11) Auchan, Kiabi, Leroy-Merlin, Saint-Maclou, Norauto, Flunch, Pizza-Paï ou encore Chrono-Drive…
(12) Le secret des Mulliez, Bertrand Gobin avec Guillaume d’Herblin, éditions La Borne Seize, 2006
(13) Villeneuve d’Ascq, Lezennes, Ronchin (http://www.vertsdescatiches.org/article475.html)