Consommation : le prix et la valeur (3/5)

| ChJ | l’Écologiste | n°31 | printemps 2010 |

TRANSPARENCE SUR LA STRUCTURE DES PRIX (3/5)

Dans le contexte nouveau d’une concurrence loyale, le prix d’une tablette de chocolat, d’une plaquette de beurre ou d’un litre de lait – rendus sur un point de vente – serait le même pour tous les commerçants, hormis un remise sur quantités, légalement définie, qui ne pourrait en aucune façon dépasser 5 % du prix figurant sur les CGV (conditions générales de vente) publiées, autrement dit – et c’est là un élément essentiel – portées à la connaissance du public.

Concurrence libre et non faussée prétendaient les VRP du Traité de Lisbonne.

Pourquoi ne pas les prendre au mot – et à leur propre piège – en exigeant ici les mêmes règles pour tous ?

Mais les distributeurs comme les politiques le savent bien. L’introduction de loyauté, d’équité et de concurrence à armes égales seraient autant de facteurs menaçant les géants de la distribution dans leur propre existence.

Un modèle qui a pour conséquence évidente d’appauvrir – anéantir serait vraisemblablement le terme le plus approprié – les deux extrêmes de la chaîne de consommation (les producteurs, les entrepreneurs et leurs salariés en amont, les consommateurs en aval) au beau milieu de laquelle règne sans partage six centrales d’achat (7) .

L’application de coefficients multiplicateurs, négociés avec les différents partenaires, arbitrés fermement par des pouvoirs publics bien décidés à exercer le mandat de représentation qu’ils ont reçus, permettrait de faire cesser la spéculation qu’exercent les transnationales de l’agroalimentaire et de la distribution sur les produits agricoles.

Acheter loin, à bas prix, n’aurait alors aucun intérêt puisque l’application du coefficient ne leur permettrait pas de gagner autant que sur un même produit, acheté à un prix décent dans la proximité.
Cette mesure serait bien évidemment insuffisante si elle ne s’accompagnait d’un engagement réel du paysan quant aux conditions sociales, environnementales et de bien-être animal qui caractérisent sa production.

On nous parle de responsabilité sociale des entreprises, d’éthique, d’équité, de commerce équitable, de développement durable… comme autant de concepts marketing totalement dépolitisés, destinés à capter l’attention d’une clientèle de niches.

Le temps n’est-il pas venu, alors que le système s’effondre sur lui-même, d’exiger une réelle et indiscutable transparence sur la structure des prix des produits que nous consommons ? (8)

La remarque vaut aussi pour les produits issus de l’agriculture biologique et les fameux circuits courts. Comment expliquer en effet qu’un même kilo de pommes, payé 0,35 € au paysan par les centrales d’achats – qui le revendront 7 ou 8 fois plus cher dans leurs supermarchés – soit proposé en vente directe par les mêmes forts sympathiques petits paysans à… 2,50 € ou 3 € au brave consomm’acteur, quelque peu embrumé dans sa certitude d’accomplir par son « achat responsable » un acte citoyen ?

Où est le juste prix garantissant une rémunération équitable au producteur… dans le respect du consommateur ?

Ces excès – de plus en plus fréquemment rencontrés même si leur observation ne peut être généralisée – sont autant d’indicateurs qui démontrent l’impérative nécessité de la mise en place d’une efficace vigilance citoyenne. Faute de quoi, ces séduisantes alternatives risquent bien d’être assimilées à des toquades et reléguées au musée des utopies indépassables.

Pour lire la suite de l’article, cliquez sur le lien ci-dessous


CONSOMMATION : LE PRIX ET LA VALEUR (4/5)
INFORMER LES CONSOMMATEURS

notes :
(7) Carrefour, Lucie (commune à Leclerc et Système U), Auchan, Provéra (Cora, Franprix, Leader Price, Monoprix, Prisunic), EMC (Casino) et Intermarché. Leclerc étant par ailleurs – mondialisation oblige – membre de la centrale européenne Coopernic, réunissant l’italien Conad, l’allemand Rewe, le suisse Coop et le belge Colruyt.
(8) voir « Prix du Bio en grandes surfaces : l’UFC-Que Choisir demande des comptes ! », communiqué de presse d’Alain Bazot, président de l’UFC QueChoisir, en date du 26 janvier 2010 (http://www.quechoisir.org)