Consommation : le prix et la valeur (1/5)

| ChJ | l’Écologiste | n°31 | printemps 2010 |

REVENIR AUX FONDAMENTAUX DU COMMERCE

Nous sommes, qu’on le veuille ou non, dans une société de consommation. En attendant d’en sortir, ce qui est inéluctable, nous avons dès à présent les moyens – et déjà le devoir – de la maîtriser afin de remettre sans délai l’humain et l’écologique au centre des préoccupations collectives. Tous les ingrédients sont réunis. Il ne manque que la volonté politique…

Foire aux affaires, prix écrasés, moins cher que moins cher…
Le vocabulaire des publicitaires est sans limite pour attirer le chaland dans ces temples de la consommation moderne que sont les super et hypermarchés.
Prix bas, vraiment ? Moins cher que quoi, de combien et pourquoi ?

Depuis longtemps les prix des produits ne sont plus fixés en fonction de leurs coûts de production mais de l’optimisation de la marge que les distributeurs peuvent dégager eu égard au prix psychologique que les consommateurs sont prêts à consentir pour en disposer.

Ce sont les réseaux de la grande distribution, pour l’essentiel, qui manipulent le curseur sur l’échelle des prix des produits que nous consommons. Qu’ils soient signés par des marques industrielles ou qu’ils se cachent derrière le masque de marques de distributeurs (MDD), comme un pied de nez à toute notion de transparence et de traçabilité.

Ce sont eux encore qui fixent le prix des fruits et légumes issus de l’agriculture biologique et de ceux gorgés de produits chimiques de l’agriculture intensive, déshumanisée et polluante, leur servant de référence pour les premiers.

Une enquête de l’union fédérale des consommateurs (UFC Que Choisir) (1) a récemment révélé que les grandes surfaces vendent un panier de produits à leurs couleurs (MDD) réputés biologiques 22 % plus cher que le même – mais de marques industrielles classiques – confectionné à partir de produits issus de l’agriculture dite conventionnelle (2) (non bio) et 57 % plus cher qu’un panier équivalent de produits MDD non bio.
Mais quelle interprétation donner à ces chiffres alors que l’échelle des prix n’a plus rien à voir avec la valeur des produits que nous consommons (3) ?

Les revenus des agriculteurs français ont chuté en moyenne de 34% en 2009, après une baisse de 20% en 2008. Comment admettre plus longtemps qu’un paysan, qu’une entreprise faisant appel à des salariés dans la proximité, se voient imposer des prix de cession inférieurs à ce que leur production leur a coûté ?
Quel est donc ce « libéralisme » dans lequel un acteur dominant impose sa loi à son co-contractant laminé ?

Quel gérant de supermarché laisserait partir un client avec le contenu d’un chariot de 100 € si ce dernier n’acceptait d’en acquitter le prix qu’à concurrence de 60 € ? Impensable ! C’est pourtant ce que pratiquent au quotidien les centrales d’achat avec leurs fournisseurs.

Il est peut-être temps de revenir aux fondamentaux du commerce.

C’est en effet à celui qui produit, qu’il soit un agriculteur ou une entreprise, que doit revenir le pouvoir de fixer le prix de cession du fruit de son travail et de ses salariés, en fonction de paramètres (matières premières, composants incorporés provenant de tiers, salaires et couverture sociale de ses employés, etc.) dont lui seul a connaissance.

Comment accepter plus avant ce processus de destruction sociale, de déstructuration sociétale et de dévastation écologique qui consiste à rechercher des prix toujours plus bas à la production, quelles qu’en soient les conséquences ?

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CONSOMMATION : LE PRIX ET LA VALEUR (2/5)
LA QUESTION DU PARTAGE DE LA RICHESSE

notes :
(1) Voir « La Bio à tous prix », mensuel Que Choisir n° 478 de février 2010.
(2) On parle abusivement d’agriculture « conventionnelle » sans jamais préciser que la « convention » dont il est ici question est celle qui lie le monde agricole aux géants de la chimie, fournisseurs de pesticides, insecticides, fongicides et autres engrais chimiques… Les consommateurs n’ont bien évidemment jamais été consultés dans ces choix déterminants.
(3) L’idée de comparer, comme l’ont fait les concepteurs de cette enquête, des produits MDD bio et non bio à des produits de marques industrielles non bio, tous distribués au sein des mêmes réseaux, est pour le moins discutable alors que les produits bio de marques autres que MDD ont été tout simplement ignorés. La remarque vaut d’autant plus que ce sont les distributeurs qui fixent les prix des uns et les autres.