Monsanto chez les pharaons

| ChJ | Politis | hors-série n°45 | mai-juin 2007 |


Les Jeunes Populaires (UMP) du Bas-Rhin ont reçu en novembre dernier Antoine Herth, député UMP, agriculteur de son état et accessoirement rapporteur de la fameuse loi du 2 août 2005, plus connue sous l’appellation de loi Max Havelaar (1). Thème de la rencontre : commerce équitable et agriculture. Avec, en filigrane, la promotion des OGM.

Membre de la commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale et coauteur d’un rapport parlementaire relatif aux biocarburants – qui sont à la bio ce que Nestlé est à l’équitable -, Antoine Herth explique sa conception de l’agriculture du futur. Des propos dignes de figurer en bonne place dans le grand bêtisier du développement durable du mensuel la Décroissance.

L’agriculture biologique ne résiste en effet pas très longtemps à l’analyse imparable du libéral député.
« Si on remplace l’agriculture traditionnelle par le bio, on divise par trois la production agricole française », assène l’élu alsacien.

A une question posée sur les OGM, le député hausse le ton : « C’est le nouveau sésame des trotskistes ! », et conseille aux jeunes sarkozistes « de toujours répondre à une question par une question en cas d’attaque virulente de la part des gauchistes ».

Trotsko-anarcho-gauchistes, les plus de 80 % de français qui refusent les OGM dans leur assiette ?

Le député révèle alors aux apprentis édiles les vieilles ficelles du troc politicien, façon théorie du complot : « En ce qui concerne les opposants aux OGM, leur méthode est simple : faire peur. Jospin a laissé faire, et on se retrouve aujourd’hui dans une impasse. Un contrat verbal avait en effet été passé avec les Verts en 1997. Ils pouvaient faire ce que bon leur semblait dans le domaine de l’agriculture s’ils ne touchaient pas au nucléaire. La méthode est radicale et redoutable d’efficacité. Ils prétendent que c’est néfaste pour la santé et l’environnement, et détruisent les champs et les laboratoires de recherche afin qu’on ne sache jamais la vérité ».

Pas un jeune UMP pour demander au maître de cérémonie pourquoi, s’ils refusent la vérité, les faucheurs volontaires et autres opposants aux OGM s’acharnent comme ils le font, au risque de lourdes sanctions pénales, à réclamer un débat sur lesdits OGM.

N’y a-t-il pas incompatibilité entre commerce équitable et cultures OGM ?

La question n’a pas été posée à Antoine Herth.

Pour Nelly Pégeault, du mouvement Nature et Progrès, « un produit qui n’est pas cultivé selon les principes de l’agriculture biologique (certifiée ou non) engraisse forcément les multinationales des pesticides, des insecticides, des engrais chimiques et des semences à péage, au détriment du monde paysan ». Qu’importe. Il faut que le gouvernement légifère, affirme Antoine Herth.
Son programme ? « [Réprimer] les faucheurs, relancer la recherche, rassurer le consommateur ».

« Dans la réalité, si la science progresse et permet aujourd’hui la manipulation génétique, il ne faut pas perdre de vue que la manipulation existe depuis des siècles », affirme sans vergogne l’élu du Bas-Rhin.

Antoine Herth a eu cette phrase qui permet la réflexion, commente un jeune fan de l’équitable député : « Les OGM, c’est ce que cultivait mon grand-père. En effet, c’est à force de croisement des plantes et d’espèces que l’on peut désormais cultiver des produits de qualité qui permettent de nourrir une humanité de plusieurs milliards d’individus. La manipulation des espèces existe depuis les débuts de l’agriculture ».

Monsanto, Syngeta, DuPont-Pioneer, à l’époque des pharaons, déjà ?

Une étonnante confusion entre sélection naturelle, hybridation et manipulation génétique !

En tentant de percer la pensée profonde de certains de nos éminents représentants, on comprend peut-être mieux aujourd’hui l’impérative nécessité qui est la leur d’ériger autant de barrières pour empêcher tout citoyen éclairé, du Larzac ou d’ailleurs, de venir se mêler de leurs réflexions d’initiés.

(1) Antoine Herth a aussi été rapporteur d’une mission sur le commerce équitable. Un rapport intitulé : « Le commerce équitable: 40 propositions pour soutenir son développement » a été publié en mai 2005.