Moins & Mieux – Rencontre avec Marie-Noelle Budini

Guide de la consommation responsable | ChJ | 19 décembre 2011 |

Les éditions « Penser la vie autrement » viennent de publier un très enrichissant Guide de la consommation responsable, MOINS & MIEUX, coordonné par Marie-Noëlle Budini et préfacé par Pierre Rabhi. On y trouve non seulement une multitude d’informations, de pistes de réflexion et de sensibilisation mais aussi une foule de conseils pratiques et d’adresses répondant aux questions de ceux qui veulent – au delà des slogans – donner un sens véritable et concret à leur consommation.
Avec ce guide, la consommation responsable passe aux travaux pratiques…

Marie-Noëlle Budini était enseignante avant de devenir militante « professionnelle », comme elle se revendique elle-même depuis maintenant une dizaine d’années.

Adhérente et militante d’Action Consommation, qui a porté ce projet de guide depuis2002, membre d’Attac depuis 2001, Marie-Noëlle Budini est engagée dans de nombreux mouvements comme Amnesty International, Greenpeace, Réseau Sortir du nucléaire, les Amis de la Conf
Marie-Noëlle Budini est par ailleurs initiatrice de circuits courts producteurs-consommateurs à Taverny (95) depuis 2005 travaillant avec un GIE normand, des paysans de toute la France et la coopérative pour une économie équitable Andines.
………..[ photo Monique BORG ® - droits réservés ]

ChJ : Pourquoi ce livre ? Comment l’idée vous en est-elle venue ?
MNB : L’idée de ce livre était en germe depuis pas mal de temps, une vingtaine d’années. J’étais à l’époque impliquée auprès d’Artisans du Monde à Lille.
Le déclic s’est fait en juin 2002, après une conférence sur la grande distribution qui m’a donné envie de passer à l’action. Plusieurs personnes du public conquises par l’exposé se demandaient comment éviter la grande distribution alors qu’elles ne connaissaient pas d’alternatives. Je fréquentais à l’époque des réseaux parallèles et j’ai aussitôt proposé à mes amis de l’association Action Consommation, à laquelle je venais tout juste d’adhérer, de rédiger un carnet de bonnes adresses dans la proximité, le département du Val d’Oise où j’habitais.
Le premier guide de consommation responsable, spécifique au Val d’Oise (environ 50 pages) a été réalisé ainsi dès 2002.
Il a été présenté à différentes occasions : Universités d’été d’Attac, rencontres RECIT (réseaux des écoles citoyennes), forums sociaux, cafés philo, soirées-débats… et l’idée de l’alimenter, de le développer et d’en faire un guide national s’est très vite imposée à moi.

ChJ : Comment est-il structuré ?
MNB : Nous avons décidé avec Alain Delacour, co-auteur de ce guide, et sur les conseils de Véronique Gallais, de Yann Fievet et d’autres membres de l’association Action Consommation, de le structurer en deux parties :
- une première partie de sensibilisation et d’information.
On ne peut en effet changer ses comportements qu’à partir d’une prise de conscience et il faut pour cela pouvoir accéder à une information objective.
- une deuxième partie énumérant des conseils pratiques et listant des adresses de réseaux alternatifs
Nous balayons tous les champs de la consommation : alimentation, habillement, maison, jardin, consommation et économie d’énergie, transports, loisirs, tourisme, culture, banque et épargne, médias, réseaux d’échanges de savoirs, associations militantes…
Chaque chapitre est complété par une riche bibliographie (livres, DVD, revues…).

ChJ : C’est un guide militant très constructif, recensant une foule de pistes…
MNB : Oui. Nous avons mis l’accent sur le MOINS avant le MIEUX, c’est à dire sensibiliser sans culpabiliser, sur le consommationnisme, le gaspillage, les inégalités de consommation entre les différents habitants de cette planète.
Nous proposons d’autres façons de faire, génératrices de lien, de partage, de respect de la nature… autrement plus enrichissantes que l’on peut résumer par cette fameuse expression : « moins de biens, plus de liens ».

ChJ : Vous avez un regard très transversal. Dites-nous en plus…
MNB : Quand les alternatives à l’achat sont insuffisantes ou inappropriées, nous proposons alors d’autres manières de consommer MIEUX, c’est à dire en portant un regard sur les conditions sociales et environnementales d’un produit, depuis sa fabrication jusqu’à sa fin de vie en passant par le mode de distribution.
Évidemment, notre positionnement par rapport à la grande distribution a toujours été clair au sein de notre association. Nous connaissons les dérives de ces réseaux et dénonçons les conséquences environnementales et sociales néfastes, voire désastreuses, de ce mode de distribution. C’est pourquoi nous invitons les citoyens à s’en détourner et à choisir des alternatives appropriées.

ChJ : En existe-t-il des déclinaisons plus locales ?
MNB : Nous diffusons, en parallèle au guide national, un guide local dédié aux habitants du Val d’Oise. L’idée est que des citoyens-consommateurs puissent s’inspirer de ce guide national pour aller dénicher et faire connaitre des alternatives autour de chez eux, en appliquant de façon très concrète le fameux Penser global, Agir local.
Nous souhaitons que ce petit guide pratique, vendu au prix symbolique de 4 €, puisse servir de modèle pour d’autres départements, permette d’enclencher une dynamique locale et favorise une mise en réseau.

ChJ : C’est un travail énorme qui a demandé combien de temps ?
MNB : C’est effectivement un travail  journalistique très important qui nous a pris entre 4 et 5 ans. Cela a été d’autant plus compliqué que dans ce domaine les choses bougent et évoluent très vite. Des initiatives naissent tous les jours alors que d’autres disparaissent parfois très rapidement.
Nous avons aussi été confrontés à des phénomènes de récupération de la grande distribution qui s’engouffre dans tout ce qui est porteur : le bio, l’équitable et même les circuits courts !!!
Il nous a aussi fallu démonter le discours très en vogue autour du soi-disant « développement durable ». En bref, nous avons dû différencier le bon grain de l’ivraie dans tous ces domaines. Et dénoncer les imposteurs…

ChJ : Comment est-il diffusé ? Comment se le procurer ?
MNB : Ce guide est diffusé dans des boutiques alternatives, les librairies indépendantes, au sein de SEL (Système d’Échanges Locaux), à l’issue de débats militants, par des associations, dans différents réseaux.
On le trouve ou peut le commander dans les magasins du réseau Biocoop.
On peut également se le procurer directement auprès de l’éditeur, il est aussi sur «Amazone» (!) mais nous encourageons à privilégier les librairies indépendantes ou l’achat direct auprès de l’éditeur sur le site duquel on peut lire la préface de Pierre Rabhi, lire des critiques et entendre l’interview réalisée par Philippe Bertrand pour l’émission « Carnets de campagne », diffusée sur France Inter.

ChJ : Quel en est le prix ?
MNB : Nous avons opté pour un prix très raisonnable (12 €) malgré une pagination importante (350 pages) pour que le prix ne soit pas un frein à son acquisition. J’aime à dire que le prix est remboursé dès le 2ème conseil pratique de la rubrique  » Consommer moins «  ! C’est le cadeau de Noël idéal : intéressant, intelligent et non polluant. Et pour après…

ChJ : Quels sont les retours ? Quel accueil reçoit-il ?
MNB : Les retours sont très positifs mais nous manquons pour l’instant de relais militants pour en faire la promotion.

ChJ : Est-il présent sur des foires, sur des salons ?
MNB : On ne le trouve pas encore sur tous les salons ou les foires car cela nécessiterait pour nous de faire pratiquement du porte à porte. Mais c’est un travail entièrement bénévole, compliqué et qui nous demanderait beaucoup trop de temps ! Le bouche à oreilles fonctionne plutôt bien et compense notre manque de moyens.

ChJ : Faites-vous des interventions publiques, participez-vous à des débats ?
MNB : Je suis évidemment ouverte à participer à des débats,à aider à la réalisation de guides locaux, en explicitant la démarche. Je l’ai fait déjà à de nombreuses reprises.

ChJ : Comment vous joindre ?
MNB : On peut me joindre par mail : penserlavieautrement [at] orange.fr