L’homme de gauche…

Six mois ! Cela fera bientôt six mois que l’homme de gauche a porté au pouvoir l’homme du changement maintenant.
Avec les résultats et déjà les renoncements que l’on sait.
L’homme du changement aurait pu craindre les foudres de l’homme de gauche, trompé, trahi pour ne pas dire… cocufié. Mais l’homme de gauche est rassuré puisque l’homme du changement, ici et maintenant, arbore désormais fièrement sa jolie panoplie de petit télégraphiste d’Angela Merkel. Et de la commission de Bruxelles…
Dormez braves gens !
Mais au fait Monsieur Métayer, qui est donc cet homme de gauche ?

ChJ

pour écouter ce sketch intemporel d’Alex Metayer, cliquez sur l’image ci-dessus…


L’homme de gauche… (texte intégral)


Le père est dans le salon et il lit. Valérie, quatorze ans, entre dans la pièce

VALÉRIE (de sa petite voix ingénue): Papa ? Je peux te poser une Question ?

LE PÈRE (sans lever la tête): Oui…

VALÉRIE: Voilà, papa. Quand tu parles, toujours tu dis que tu es un homme de gauche. C’est quoi exactement un homme de gauche ?

Le père lève les yeux et regarde sa fille l’air épuisé.

LE PÈRE: Valérie, j’ai un peu mal au crâne mais je vais te répondre… Je…

II se lève.

LE PÈRE: Un homme de gauche, si tu veux, Valérie, c’est quelqu’un qui est plus sensible qu’un autre à tous les problèmes humains. C’est une question de sensibilité… Et on appelle ça avoir une sensibilité de gauche.

VALÉRIE: Mais cette sensibilité de gauche papa, on 1′a de naissance ?

LE PÈRE : Oui. Je crois. Je crois qu’il y a des gens, comme moi, qui ont une sensibilité plus grande à la misère des autres.

VALÉRIE: Ça veut dire que toi, tu souffres de la misère des autres ?

LE PÈRE: Attention, Valérie ! Pas tout le temps-tout le temps ! Parce que tu sais, ta mère et moi, on est très occupés… Mais oui, ça nous arrive d’en souffrir.

VALÉRIE: Attends, papa. Y a quelque chose que j’ comprends pas…

Toujours de la même petite voix naïve.

VALÉRIE: Toujours tu dis que si je veux réussir dans cette société, faut pas que je sois sensible. Ça veut dire que j’ai intérêt à être de droite ?

LE PÈRE: Euh… Enfin… De droite dans ton travail, et de gauche tout le reste du temps ! Pour te battre, et changer les choses !

VALÉRIE (illuminée): Ah, d’accord ! Je comprends. C’est une question d’horaires !… Mais toi, papa, tu te bats pour changer les choses ?

LE PÈRE: Pas tout le temps-tout le temps, quand même, Valérie ! Parce qu’avec ta mère, on est très pris. Mais ça nous arrive, oui.

VALÉRIE: Mais qu’est-ce que tu fais, pour te battre ?

LE PÈRE: Eh bien… On s’informe ! Tu as remarqué qu’on regarde beaucoup la
télé? Donc, on est très informés ! Tu vois ?

VALÉRIE (dubitative): Non mais concrètement, comment tu te bats ?

LE PÈRE (pris de panique, il bredouille): Concrètement, concrètement… Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?… Y a mille manières… Je… Je…

LE PÈRE, soudain, triomphant: Tiens ! Par exemple: en votant pour des hommes de gauche !

VALÉRIE: Mais toujours tu dis que tous les hommes politiques de droite ou de gauche, c’est tous des pourris !

LE PÈRE: Oui, c’est vrai, je dis ça… Mais parmi eux, y en a quand même qui ont une sensibilité de gauche !

VALÉRIE: Ah oui! C’est des pourris sensibles ?

LE PÈRE (excédé): Voilà, si tu veux !

VALÉRIE: Et à droite, c’est des pourris qui ont même pas de sensibilité ?

LE PÈRE: Attends ! Là, j’ai peur de dire des conneries !
Écoute-moi, Valérie. En politique, les formules les plus simples sont les meilleures. Il faut donc que tu saches que, quand on est de gauche, il est toujours préférable d’envoyer au gouvernement des gens de gauche ! Voilà. Ça, c’est sûr.

VALÉRIE: Oui, mais alors y a autre chose que j’ comprends pas… Toujours tu dis que tous les hommes de gauche qui sont au gouvernement, ils font une politique de droite…

LE PÈRE: Oui… Mais ils en souffrent ! 

Il prend sa tête entre ses mains.

LE PÈRE: Valérie. Valérie, sois gentille, papa a mal à la tête. Alors descends à la pharmacie m’acheter de l’aspirine, et on reprendra cette conversation plus tard. D’accord, Valérie ?

Il la regarde s’éloigner en poussant un long soupir, puis va vers sa femme.

LE PÈRE: Nicole ! Tu sais, chérie, que Valérie est en crise ! Avec le type de questions qu’elle m’a posées, elle aurait ses petits problèmes de femme d’ici peu que ça m’étonnerait pas !

Alex Metayer


Alexandre Métayer, Alex pour la scène, est un humoriste français né le 19 mars 1930 à Berre-l’Étang et disparu à Paris le 21 février 2004.

En 1936, il suit ses parents en Algérie où son père, militaire dans l’armée de l’Air, est muté. De retour en France après la guerre, il quitte l’école très tôt, étudie par correspondance, se passionne pour la musique et obtient un premier prix de clarinette. Musicien puis animateur, chef de village, et enfin responsable de l’animation au Club Méditerranée, il amorcera son métier de comédien dans divers cabarets de la rive gauche.

Bobino en 1964, avec Brassens… en 1970 avec Moustaki…
De 1964 à 1970, Alex Métayer passe dans tous les cabarets. « J’ai vite bidouillé un petit spectacle que j’ai joué à l’Ecluse où passait aussi Barbara. Elle m’a présenté à Brassens, qui m’a engagé en première partie à Bobino puis en tournée ».
Pendant deux saisons, Alex Métayer participe à l’Oreille en coin, l’émission mythique animée successivement par Jean Amadou puis par Maurice Horgues sur France Inter et dont le célèbre indicatif (Big Fat Man) reste gravé dans bien des mémoires. Alex Métayer jouera au Théâtre de la Ville, à l’Olympia, au Casino de Paris, aux Mathurins, au Palais-Royal, à l’Opéra-Comique et sera l’auteur de nombreux sketchs dont ce mémorable homme de gauche.

(source Wikipédia et Alex Métayer, le site)


Le changement maintenant, disiez vous ?