Les multinationales à l’assaut… (5/5)

| ChJ | Politis | hors-série n°52 | mai-juin 2010 |

… de la bio et du commerce équitable

SERFS DE TEMPS NOUVEAUX ?

A la ferme du Sart, le progrès ne s’arrête pas là.

Le consommateur peut, s’il le souhaite, noter via internet de 1 (« J’ai trouvé cela exceptionnel ») à 5 (« Je n’ai pas aimé et je souhaite un avoir [à déduire] pour mon prochain achat ») son degré de satisfaction quant aux produits qu’il a achetés.

Ces évaluations sont transmises aux « fournisseurs » et à ces autres, vrais-faux salariés accommodés, que ces nouveaux commerçants n’hésitent pas à présenter comme d’authentiques paysans.

« La Ferme du Sart surfe sur la vague de la prise de conscience progressive par le citoyen d’une indispensable responsabilisation des modes de consommation pour se poser en alternative aux hypermarchés traditionnels.
Elle se garde bien de faire de la publicité sur le fait que les producteurs qui fournissent les rayons sont contraints et à la merci du bon vouloir de la direction qui fixe elle-même les marges.
Derrière la marque du magasin se cachent des producteurs interchangeables, qui peuvent être remerciés à tout moment si leurs produits ne conviennent pas où s’ils revendiquent un partage plus équitable du prix 
», expliquent encore Les Verts locaux.

Outre les traditionnels « accords » d’approvisionnement paysans/distributeur, des liens très particuliers unissent la ferme à ceux qui cultivent directement sur le site et qui malgré leur accoutrement (chapeau de paille, tablier et bottes en caoutchouc…) flairant bon la campagne, ne sont en rien… des fermiers.

Pour s’assurer de la collaboration efficace de ces dociles producteurs, ce maillon théâtralisé de l’empire Mulliez a exhumé un contrat juridique aujourd’hui tombé en désuétude, le commodat.

Plus connu en tant que prêt à usage, il est régi par le Code civil… loin de la législation sur les baux agricoles.

Le terrain est fourni gratuitement (prêté pour usage) pour une durée déterminée (4 ans au cas particulier) au paysan sans terre et sans droit, à la condition que ce dernier vende l’intégralité de sa production au propriétaire des lieux, la ferme.



Il n’a aucun droit sur l’espace agricole qu’il exploite – pas même au renouvellement, sauf bon vouloir du propriétaire – et peut se voir remercié à tout moment sans indemnité.

Sanctionné de façon permanente par les consommateurs qui ignorent tout de sa précarité et de sa vulnérabilité, autant dire que le paysan a intérêt à avoir un bon carnet de notes…



Serfs de temps nouveaux que l’on prétend modernes ?

En attendant, la ferme recrute des directeurs de magasins, merchandiseurs et managers de rayons. Rien que du naturel…

Pendant ce temps de très efficaces communicants, relayés par d’authentiques militants, s’obstinent à grand renfort de publicité – payée par les contribuables le plus souvent – à nous faire accroire que les promoteurs de ce commerce qui écrase tout sur son passage, à commencer par les petits producteurs des pays du Sud, seraient d’authentiques acteurs d’un commerce équitable.

Qui peut encore le croire ?