Consommation : le prix et la valeur (2/5)

| ChJ | l’Écologiste | n°31 | printemps 2010 |

LA QUESTION DU PARTAGE DE LA RICHESSE

La première mesure que prendrait un gouvernement, animé d’une véritable volonté politique, serait de prohiber sans plus attendre la pratique des marges arrière. Leur progression conduit immanquablement au surenchérissement du prix des produits de première nécessité dont l’impact est plus que significatif sur le budget des plus démunis (4) . Dès lors les conditions générales de vente (CGV) redeviendraient… générales, c’est-à-dire applicables à tous les commerces. Sans exception. Quelle que soit leur taille et leur capacité de négociation.

Le commerçant de Tarnac – petit village situé sur le plateau de Millevaches au nord de la Corrèze, réputé pour ses paysages semi-montagneux et pour son épicerie locale, minuscule de par sa taille mais à la réputation internationale depuis un certain 11 novembre 2008 (5) – bénéficierait des mêmes conditions d’achat que le magasin de 25 000 m² à l’enseigne Carrefour de Portet-Sur-Garonne (31), le Auchan de Vélizy (78) avec ses 307,2 millions d’euro de chiffre d’affaires annuel ou encore le « petit » Carrefour (8200 m² tout de même…) de Grenoble-Meylan (38), champion toutes catégories en terme de productivité financière, avec ses 25 768 € de chiffre d’affaires annuel… par mètre carré exploité.

Les commerces de proximité seraient alors placés sur un même pied d’égalité que les mastodontes de la distribution. Bénéficiant des mêmes remises, lesdits commerçants auraient un potentiel de baisse de leurs prix, à la consommation, allant de 30 à 38 %, à revenus constants pour eux.

De quoi réinjecter de la loyauté et une véritable concurrence dans le commerce, tout en satisfaisant au-delà de toute espérance une certaine promesse d’amélioration du pouvoir d’achat, terme désignant en réalité la capacité ou non des individus à faire face à leurs dépenses élémentaires.

Faudrait-il faire bénéficier les seuls consommateurs de cette restitution ?

Certes non. Ce serait cautionner ce système mortifère.

Cette richesse confisquée par les centrales d’achat doit, tout au contraire, être répartie de façon équitable entre tous les acteurs de la filière, du producteur au consommateur en passant bien évidemment par leurs salariés et les indispensables prélèvements sociaux et fiscaux sans lesquels le collectif ne peut perdurer.

Cette question nous renvoie à celle du partage de la richesse qu’il convient de déconnecter du faux débat sur la croissance, subtile manipulation consistant à faire accroire que seule une augmentation de la production serait apte à permettre de maintenir en l’état les acquis sociaux (salaires, sécurité sociale, retraites) et sociétaux (hôpitaux, maternités, établissements scolaires et autres équipements collectifs). Cette contrevérité notoire – pourtant communément admise – a pour objectif inavoué de soumettre à une hypothétique progression de l’activité économique le partage inéquitable de la richesse produite.

Sauf le respect dû aux sommités syndicales, aux élites économiques et aux caciques politiques, la quête absolue de croissance n’est en fait que la transposition financière du principe agraire de la carotte agitée devant l’âne (6) .

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CONSOMMATION : LE PRIX ET LA VALEUR (3/5)
TRANSPARENCE SUR LA STRUCTURE DES PRIX

notes :
(4) voir « Augmentation des prix, la faute aux distributeurs », mensuel Que Choisir n° 400 de janvier 2003.
(5) Le coup de Tarnac, Marcel Gay (journaliste chargé de la rubrique judiciaire à L’Est Républicain), édition Florent Massot (2009) – voir également : www.lejournaldulimousin.com/article-30669636.html
(6) L’incitation ou la menace, la récompense ou la punition… L’expression la carotte ou le bâton, traduction littérale de l’anglais « the carrot or the stick » que l’Oxford English Dictionary date de 1948, n’est usitée en France que depuis 1966. L’expression…