Chapeau bas Madame Taubira !


Nous reproduisons ci-desous un texte publié le 30 aout dans les colonnes du JDD (Journal Du Dimanche) commentant la visite rendue par la ministre Christiane Taubira aux députés PS debouts surnommés « les frondeurs du PS » par leurs collègues godillots (voir Maréchal, nous voilà ! ). Christiane Taubira qui fait honneur à ce qu’il reste de la gauche va-t-elle etre exclue à son tour ? Quoi qu’il arrive, chapeau bas Madame Taubira !

ChJ

| Caroline Vigoureux | leJDD.fr | 30 août 2014 |

Taubira chez les frondeurs, « ça va faire mal »

Moins d’une semaine après la crise politique qui a secoué l’exécutif, Christiane Taubira a choisi de s’afficher samedi matin avec les frondeurs du PS. Une venue symbolique qui ébranle déjà la clarté du gouvernement Valls II.

Jusque là, l’ambiance était plutôt calme. Et puis Christiane Taubira a décidé de se rendre chez les frondeurs, qui organisaient leur réunion samedi matin à La Rochelle. Cohue médiatique lorsque la ministre de la Justice arrive à la Faculté des lettres. « J’ai été invitée il y a plusieurs semaines, je crois qu’on peut entendre les débats. Je ne vois vraiment pas où est le problème. Je comprends que vous ayez besoin de dramaturgie… », dit-elle. Pourtant, le symbole est fort. Et la venue de la garde des Sceaux, seule figure de l’aile gauche désormais au gouvernement après les départs d’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon il y a cinq jours, n’est pas anodine.


Quand elle entre dans la salle, Taubira a droit à une standing ovation. L’ambiance est survoltée. Vêtue d’une veste rouge, elle vient s’installer au premier rang entre les frondeurs Christian Paul et Jérôme Guedj, pendant que les militants scandent « Vive la gauche ».
L’image est trop belle pour les frondeurs, ceux là même qui contestent haut et fort la ligne économique du gouvernement.
Et dont certains assurent même qu’ils ne voteront pas la confiance à Manuel Valls à l’Assemblée nationale!

La ministre restera quelques minutes à peine. Le temps que la sénatrice Marie-Noëlle Liennemann réclame à la tribune « plus de gauche », que les photographes prennent des photos de la ministre au beau milieu des frondeurs, qu’elle échange quelques mots avec eux. En sortant, elle adresse face caméra un discours bref mais énervé. Si elle est là, c’est pour « prendre (sa) part » au débat politique. « Ce matin, j’y ai pris ma part et j’en assume les conséquences », lance-t-elle en souriant. « Nous n’avons pas le choix, nous devons refaire place à la politique. La politique, c’est le courage de s’interroger, dans la vie et dans la cité, sur les espaces que nous créons pour nous entendre, pour nous comprendre, pour nous disputer et pour nous rassembler », lance la garde des Sceaux. Autour d’elle, les journalistes s’agacent. « Je veux bien mon casque parce que je commence à me sentir en danger », plaisante la ministre. Elle dit « assumer les conséquences » de sa venue chez les frondeurs et repart, comme elle est venue, à vélo.

De quoi ébranler sérieusement la demande de cohérence et de clarté de l’exécutif, à peine quelques jours après la crise politique qui a secoué le gouvernement. Mais très vite, l’exécutif démine. « La question de son départ ne se pose pas », vient dire aux journalistes Carlos Da Silva, proche de Manuel Valls. « Il n’y a aucun doute sur la cohérence et la clarté. » Voilà pour le message officiel.

Mais la venue de la ministre parmi les frondeurs est bien le reflet des divergences qui transcendent le Parti socialiste. « C’est le signe qu’au gouvernement il existe des oreilles qui ont envie d’entendre ce qu’il se passe dans le pays », pense Jérôme Guedj, l’un des tenants de la fronde. « On peut exiger une cohérence mais on ne va pas lui interdire de lire des livres ou de venir écouter ce qu’on dit », estime pour sa part l’aubryiste Jean-Marc Germain, l’un des leaders des frondeurs. Seul le député François Lamy, proche d’Aubry, qui a refusé de rentrer dans le gouvernement Valls II, finit par lâcher : « Ça va faire mal. »